Vendredi 25 février 2011
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Nan ! Je déconne ! Bien entendu que je ne crois pas à mon titre une seule seconde ! C'est quand même édifiant cependant la manière dont certains Chinois élèvent leurs progénitures... On va dire,
pour être poli, qu'il y a une différence culturelle ;)
Un article du journal 'Le Monde' daté du 22 Janvier 2011
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La guerre des " moms " a commencé
Professeure à Yale, Amy Chua provoque la polémique en défendant dans un livre l'éducation " à la chinoise " : et si, là aussi, les Américains étaient dépassés ?
Washington Correspondante
Après le dollar, la " mom " : un nouveau pilier du modèle américain est attaqué. Cette fois, il s'agit d'un élément plus subtil, quoique tout aussi fondamental : la mère de famille. Et encore une
fois, la Chine est en première ligne. La mère chinoise, avec ses méthodes dictatoriales, serait " supérieure " à la maman américaine, trop soucieuse de tout ce qui pourrait contrarier
l'épanouissement de l'enfant.
Hu Jintao, le président chinois, qui est en visite officielle aux Etats-Unis jusqu'au 22 janvier, n'y est pour rien. L'attaque vient d'une Américaine d'origine chinoise, membre de l'élite
intellectuelle, Amy Chua, 48 ans. Professeure à la faculté de droit de Yale, épouse du juriste et romancier Jed Rubenfeld, elle avait déjà publié un ouvrage controversé sur la démocratisation.
Cette fois, elle livre un récit sur l'éducation de ses deux filles, " Le chant de bataille de la maman tigre " (The Battle Hymn of the Tiger Mother, Penguin), qui va tellement à contre-courant
qu'il a fait l'effet d'un électrochoc.
" Les gens se demandent comment font les parents chinois pour élever des enfants qui réussissent aussi bien. Je peux le leur dire, annonce-t-elle. Voilà plusieurs choses que mes filles n'ont
jamais eu le droit de faire. " Suit la liste : pas de " sleepover ", les nuits que les enfants passent chez leurs amis ; pas de " playdate ", les après-midi de jeux avec les copains, pas de
télévision ni de jeux vidéo. Interdiction de choisir soi-même ses activités extrascolaires ; interdiction d'avoir des notes inférieures à " A " ; interdiction de jouer d'un instrument qui ne soit
pas le violon ou le piano ; interdiction de ne pas jouer du violon ou du piano. Interdiction de ne pas être en tête de classe... sauf en théâtre et en gym.
Selon Amy Chua, la moindre des mères occidentales est capable de faire répéter une leçon de musique pendant une demi-heure. Mais " le plus dur, c'est la deuxième heure, ou la troisième ". C'est
là que la " maman tigre " intervient. Elle menace sa fille de brûler ses peluches. Elle lui interdit d'aller aux toilettes tant que le morceau ne sera pas maîtrisé. Elle laisse la cadette à la
porte, malgré le froid (" Tu ne peux pas rester à l'intérieur si tu n'écoutes pas maman "). Quand l'enfant arrive en deuxième position en maths (derrière un enfant coréen), elle est condamnée à
faire 2 000 exercices dans la nuit.
Au contraire de la pensée " occidentale ", qui prône d'encourager l'enfant même s'il est nul, Amy Chua pense que plus on maîtrise une technique, plus on a confiance en soi. Elle cite une étude :
70 % des mères américaines pensent qu'insister sur les performances scolaires n'est pas bon pour l'enfant ; " les mères chinoises ne pensent pas cela ". Elles ne s'embarrassent pas de litotes : "
Eh la grosse, il faudrait maigrir un peu ! ", se permettent-elles si nécessaire. Elles sont persuadées que l'enfant est fort et n'a pas besoin d'être ménagé.
La fille aînée d'Amy Chua, Sophia, a été concertiste à 15 ans à Carnegie Hall. Mais la cadette Louisa a fini par se rebeller, à 13 ans. Quand elle a cassé des verres dans un restaurant de Moscou
en criant qu'elle " haïssait " sa mère autant que sa vie, le tigre a été vaincu : " Elle voulait faire du tennis plutôt que du violon. Cela m'a brisé le coeur. Elle jouait si bien. " Amy Chua a
renoncé et, dès le lendemain, elle s'est mise à écrire. Le 8 janvier, des extraits du livre ont été publiés dans le Wall Street Journal, sous un titre accrocheur : " Pourquoi les mères chinoises
sont supérieures ". Le journal a enregistré plus de 5 000 commentaires sur le Web. Amy Chua a été traitée de " monstre ". De jeunes Sino-Américaines ont témoigné qu'elles ne s'étaient jamais
remises au violon, et à peine à apprécier la vie.
Dans un pays traumatisé par la montée en puissance de la Chine, le livre a fait l'effet d'une trahison. La mère est une figure aussi consubstantielle à l'Amérique que le base-ball ou l'apple-pie.
Chaque Fête des mères - invention américaine - est une célébration nationale qui voit les médias se remplir d'hommages et les éditorialistes les plus compassés verser une larme sur leur " mom
".
Les mères américaines ont un poids politique. Les " soccer moms ", qui passent leur temps dans le mini-van à conduire les enfants d'un playdate à un entraînement de soccer (football), ont fait la
différence dans l'élection de 1996. Les " mamma grizzly " de Sarah Palin, apparues en 2010, sont prêtes à défendre leur famille contre " l'emprise du gouvernement ". Dans l'Histoire, la mère a
été le pilier de la classe moyenne, explique Rebecca Jo Plant, professeure à l'université de Californie à San Diego et auteure du livre Mom. The Transformation of Motherhood in Modern America
(University of Chicago Press, 2010). Ce sont les mères, et non les syndicats, qui ont obtenu une protection sociale avant même le New Deal.
A un moment où la classe moyenne est menacée par la crise, elles doutent d'elles-mêmes. " Il est devenu vraiment difficile d'entrer dans les meilleures universités. Les parents de la classe
moyenne voient les enfants de familles asiatiques-américaines avoir de meilleurs résultats ", explique Mme Plant. En Californie, la population américaine d'origine asiatique est de 14 %. A
l'université de Californie, les " Asians " représentent de 40 % à 44 % des étudiants. " Derrière le tollé, je vois une anxiété sous-jacente : est-ce que nous ne sommes pas en train de saboter les
chances de nos enfants en n'étant pas assez durs avec eux ? ", relève l'universitaire.
Heureusement pour les " moms ", la créativité n'est pas la qualité première de l'éducation chinoise. Pour Adam Segal, sinologue au Council on Foreign relations à New York, et auteur d'un ouvrage
qui assure que l'innovation américaine peut surmonter le défi asiatique (Advantage, W. W. Norton), les Chinois en sont conscients. " Si on considère tous les éléments qui vont être de plus en
plus importants dans le futur, l'aptitude à travailler ensemble, à inventer, à former des groupes de réflexion, le système américain crée un environnement qui est nettement plus propice à
l'innovation, assure-t-il. Ce n'est pas parce qu'il y a un milliard de Chinois élevés par des mères chinoises qu'il y a menace. " La bataille des " moms " n'est pas encore perdue.
Corine Lesnes
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