Un prof fait-il 46 heures par semaine ?

Il est beau l’article du Monde que l’on nous présente ici. Le problème, c’est qu’il ne colle pas avec certaines de mes propres expériences. Plusieurs explications :

– Ou bien j’ai eu une expérience pour le moins malchanceuse. J’ai vu de nombreux profs, venir au collège ou au Lycée avec 5, 10mn de retard. J’ai vu des professeurs refuser de laisser les sujets des contrôles aux élèves car ils n’avaient pas de sujet de rechange pour les absents. J’ai vu des professeurs de sport incapable de courir un 50m. J’ai vu des professeurs rendre des copies de Français un mois après le contrôle. J’ai vu des professeurs faire 2 contrôles maximum par trimestre. J’ai vu un reportage récemment sur M6 où l’intérêt des élèves n’a pas été exprimé, ne serait-ce qu’une seule fois. J’ai vu, pendant trente ans, des grèves généralisées, d’ampleur, tous les deux ans. J’ai vu des professeurs de Lycée pousser leurs élèves à défiler dans la rue alors que leur Lycée n’était nullement impacté par une quelconque réforme. J’ai vu des professeurs effectuer un autre métier, au black, après leurs cours. Malchanceux, je suis ? Peut être.

– On a interrogé la crème de la crème des enseignants, qui, effectivement, font des horaires de dingue, sont à fond derrière leurs élèves et aiment ça. Ces professeurs sont les meilleurs et les plus méritants.

– Comme la valeur de ces enseignants repose sur leur seul témoignage, il y a un risque non nul que ces enseignants enjolivent la réalité. En clair, ils peuvent mentir.

Où est la réalité ? A vous de juger.

En attendant, dans le doute, j’ai arrêté de jouer au Loto.

Un article du journal ‘Le Monde’ daté du 19 Novembre 2013

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TéMOIGNAGES
 » Entre 42 et 46 heures par semaine « 

11-Novembre ou pas, Loïc Bonnas travaille ses cours. A 600 kilomètres de là, Erwann Baudart prépare, lui, des lignes d’écritures, dessinant de ces tracés où la boucle monte à trois interlignes avant d’opérer un atterrissage élégant… En ce jour férié, la France des profs a le cartable ouvert.

 » Le 11-Novembre n’a rien changé à mon emploi du temps, note Loïc Bonnas, prof de physique à Bellerive-sur-Allier (Allier). Cette année, je consacre mon lundi sans cours à préparer mes leçons et m’auto-former sur Internet.  » Ce jour-là, il réfléchit au cheminement qui permettra à ses élèves de 3e de comprendre ce qu’est un atome.  » Je ne refais pas tous mes cours tous les ans, seulement ceux que je ne trouve pas bons « , dit-il.

 » Il faut sans arrêt se réinventer « , lui répond comme en écho Erwann Baudart, instituteur à l’école Edouard-Herriot de Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis).  » Cette année, j’ai passé mes deux dernières semaines d’août à améliorer mon enseignement de la lecture en compilant de nouveaux manuels « , raconte celui qui vit comme un cadeau sa nomination à la rentrée en CP.  » Une année magique, parce qu’un enfant qui sait lire est changé à jamais « , aime-t-il rappeler.

S’il travaille pendant les vacances et les week-ends, c’est pour alléger ses journées et libérer ses soirées :  » Mes cours sont prêts à l’avance ; le soir, j’ai les cahiers à préparer et… l’imprévu à gérer.  » Comme Loïc, il insiste sur sa liberté d’organisation. Un luxe suprême.  » Rien n’empêche d’aller courir à 18 heures et de corriger les copies à 21 heures « , remarque le professeur de physique, adepte d’une coupure à la sortie des cours. Sport ou blog, car il est l’auteur du piquant  » Sacré Charlemagne « , qui explique en trois coups de cuiller à pot ce qu’est un bon élève en 2013…

Si Loïc appliquait le texte qui régit son métier, il enseignerait dix-huit heures par semaine, point final. C’est tout ce que reconnaît le décret de 1950 qui trace encore le cadre de sa pratique professionnelle, un demi-siècle plus tard. Erwann, lui, ferait ses vingt-quatre heures de présence devant sa classe de primaire et cent huit heures annuelles dévolues à côté à des tâches hors classe. Soit trois heures hebdomadaires.

Ni Erwann ni Loïc n’ont idée de leur temps de travail réel. L’instituteur se refuse tout bonnement à une estimation…  » Entre quarante-deux et quarante-six heures par semaine, hors les périodes de conseils de classe et de réunions avec les parents, avance le professeur de collège. Mais quand on aime enseigner, on a constamment ça en tête. C’est une attitude au monde « , ajoute Loïc. Pour preuve, Erwann a passé la moitié de son mois de juillet à personnaliser les murs de sa nouvelle classe.  » C’est du travail ? C’est du plaisir ? Les deux à la fois ! « 

Durant leurs trente-six semaines de classe, tous deux passent quatre jours dans leur établissement. Pour Erwann, c’est logique. Il est devant ses élèves de 8 h 30 à 16 h 30. Pour Loïc, c’est un choix. Il pourrait rentrer chez lui après ses dix-huit heures de cours.  » Une fois déduites les quarante-cinq minutes de cantine, j’ai calculé que je passais trente-cinq heures dans l’établissement, en salle des profs ou dans ma salle. Ces moments hors cours sont importants. Quand on travaille avec des adolescents, il y a toujours un sujet à évoquer pour être cohérents entre nous. « 

Sa mission de professeur principal d’une classe de 3e induit aussi une belle série de rendez-vous avec les familles.  » Le midi, le soir ou en journée, ça dépend des disponibilités des gens « , plaide-t-il. Pour Erwann, cette facette du métier est moins formelle :  » Il suffit que je traverse la rue à 16 h 30 pour voir les mamans. D’ailleurs, je n’hésite pas à le faire. Ce contact fait partie de mon métier « , insiste l’instituteur.

En plus de leur réflexion pédagogique, Erwann et Loïc ont un autre point commun : s’ils devaient choisir aujourd’hui, ils opteraient à nouveau pour le métier de professeur. Bien sûr qu’ils aimeraient une  » revalo « , une meilleure place dans la société. Mais après douze années, tous deux disent aimer de plus en plus leur métier.

Maryline Baumard

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