Réformons l’évaluation en université

Le chômage est important car notre pays n’est pas compétitif. Il n’est pas compétitif car, entre autres, notre formation n’est pas au niveau. Notre formation n’est pas au niveau car il y a un gâchis en université.

C’est donc une très bonne nouvelle que de savoir que l’on peut sensiblement améliorer la réussite de nos étudiants simplement en changer le mode d’évaluation en université.

On a maintenant un rapport qui dit quoi faire, il n’y a plus qu’à…

Un article du journal ‘Le Monde’ daté du 23 Octobre 2014

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Le contrôle continu intégral a fait ses preuves
Moins d’échecs, plus de mentions : les étudiants évalués sur la durée réussissent mieux qu’avec l’examen final
Les universités ont peut-être trouvé le Graal pour réduire le taux d’échec en licence. Et il tiendrait en trois mots : contrôle continu intégral. Un dispositif qui consiste à évaluer régulièrement les étudiants dans toutes leurs unités d’enseignement et à supprimer l’examen final et les notes couperets en fin de semestre.

Selon les conclusions du rapport de l’année universitaire 2013-2014 du comité de suivi de la licence et de la licence professionnelle (CSL-LP) présenté lundi 20  octobre au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser),  » les établissements qui développent l’évaluation continue intégrale déclarent obtenir des résultats plus satisfaisants pour les étudiants qu’avec le contrôle terminal « .  » Le nombre de diplômés titulaires de mentions enregistre également une augmentation. Le taux d’échec diminue en première année, la transition lycée-université étant facilitée « , y est-il expliqué.

Des conclusions qui tombent à pic pour l’Unef. Le premier syndicat étudiant milite pour la multiplication de ce dispositif dans les universités :  » Plus l’évaluation est répartie équitablement sur le semestre, mieux c’est « , insiste William Martinet, son président. Pour Alexandre Leroy, président de la FAGE, deuxième organisation étudiante, c’est un dispositif qui  » joue en faveur de la réussite « .

Il permet en effet d’évaluer la progression des apprentissages des étudiants tout au long du semestre. Les lacunes sont constatées très tôt et peuvent être comblées rapidement avec des corrections et des explications.

Taux d’abandon en chute de 7  %
L’université d’Avignon est la première à avoir mis en place ce système à tous les niveaux et dans toutes ses filières. C’était en  2008. Six ans plus tard, les résultats de l’établissement, qui compte 53  % d’étudiants boursiers, sont là. Le taux de réussite semestriel a augmenté au minimum de deux points sur la moitié des licences.  » Tous les semestres impairs – ceux de début d’année et qui marquent un changement dans la vie de l’étudiant – ont connu une progression supérieure à dix points. En licence AES – administration économique et sociale – , on est passé sur cette période d’un taux de réussite de 11  % en  2008 à 35  % en  2013, et en informatique de 25  % à 54  % « , se félicite son président, Emmanuel Ethis. Par ailleurs, le taux d’abandon a chuté en moyenne de 7  % sur l’ensemble des filières (– 13  % en sciences et – 11  % en sciences humaines et sociales). Enfin, sur l’ensemble du cursus licence, les moyennes annuelles des promotions ont augmenté.

Ce sont ces bons résultats qui ont poussé l’université de Strasbourg à mettre en place ce dispositif en  2012. Aujourd’hui, la majorité des filières fonctionnent sur l’évaluation continue intégrale. Et là encore, les résultats sont probants. Sur le plan quantitatif, le pourcentage de réussite à la fin du semestre est supérieur ou égal à ce qu’il était à la fin de la session (après examen final et rattrapage en fin d’année). Sur le plan qualitatif, le niveau des étudiants a progressé : les mentions sont plus nombreuses. En sciences de la vie, par exemple, les moyennes supérieures à 12 (mention assez bien) ont progressé de 50  %.

Changement total de paradigme
Néanmoins pour François Gauer, vice-président délégué aux pratiques pédagogiques, et l’un des artisans de la mise en place de ce dispositif, il ne faut pas voir l’évaluation continue intégrale comme une suite de petites évaluations.  » Cela nuirait totalement à l’esprit de synthèse académique que l’on attend dans une formation universitaire « , dit-il.

En réalité, c’est un changement total de paradigme.  » Je ne connais aucune discipline où l’on ne réussit pas mieux quand on s’entraîne, poursuit M. Gauer. L’évaluation continue intégrale doit permettre à l’enseignant de voir en temps réel l’usage de ce que l’étudiant fait de son enseignement et la manière dont il reçoit son message. Il a une part de responsabilité dans l’apprentissage. « 

Mais, pour l’Unef, pas question que le contrôle continu intégral se fasse au détriment de la session de rattrapage en fin d’année. Sur ce point, le rapport du CSL-LP se garde bien de se prononcer :  » Il n’y a pas de consensus des membres des comités en faveur de la suppression de la session de rattrapage, lorsqu’il y a une évaluation continue intégrale, et donc pas de consensus sur une modification de l’arrêté licence – d’août  2011 – . « 

Le texte prévoit en effet que les aptitudes et l’acquisition des connaissances et des compétences sont appréciées soit par un contrôle continu et régulier, soit par un examen terminal, soit par ces deux modes de contrôle combinés. Et l’article  17 note qu’il y a deux sessions, une initiale et une de rattrapage.

En avril, le tribunal administratif de Strasbourg avait condamné l’université de la ville face à l’Unef, qui avait déposé un recours contre l’établissement pour son refus d’organiser une session de rattrapage au motif qu’elle a mis en place le contrôle continu et intégral.

Nathalie Brafman

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