Deux logiques s'opposent dans les deux articles qui viennent.
1. Une aide active de l'Etat, s'apparentant ouvertement à de la démagogie politicienne de base, afin d'aider les Français à payer leur essence, diesel et fioul. Cette logique posera une limite
dépendante directement de l'évolution des prix qui ne pourra pas baisser. Comme le tenant du discours n'est pas totalement imbécile, mais un peu quand même, on incite, entre les lignes de
l'article, à se diriger vers une consommation d'énergie verte...
Un article du journal 'Le Monde' daté du 25 Juin 2008
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L'énergie chère doit être une source de croissance
L'envolée des prix du pétrole est une contrainte qu'il faut transformer en levier de développement
L'ère du pétrole bon marché est révolue, nous entrons structurellement dans l'ère du pétrole cher et même de l'énergie chère. Chaque Français, particulier ou professionnel, ressent ce choc. Pour
autant, il nous faut refuser les discours qui nous promettent l'apocalypse en baril. La croissance du XXIe siècle sera verte. Nous devons dès aujourd'hui nous mettre en ordre de bataille pour
saisir les opportunités industrielles et faire d'une contrainte un gisement de croissance.
La situation à laquelle nous sommes confrontés est différente des précédents chocs " pétroliers ". La flambée actuelle des prix ne résulte pas d'une décision unilatérale des pays producteurs de
fermer les robinets. Elle s'inscrit dans une tendance structurelle : la hausse de la demande mondiale poussée par le décollage économique des pays émergents est plus rapide que la croissance de
l'offre potentielle, contrainte par des capacités de production limitées.
Si choc il y a, c'est avant tout un choc de vérité : le pétrole est cher et le restera. Ce déséquilibre entre l'offre et la demande est structurel et durable. Mais nous devons affronter cette
réalité nouvelle et ne pas sombrer dans l'illusion, dans la complainte et encore moins dans la démagogie. Des leviers existent : à nous de les actionner.
La première réponse consiste à aider ceux qui sont en première ligne et qui subissent le plus durement les conséquences de l'énergie chère. C'est l'objectif des mesures que le gouvernement a prises
en faveur des Français les plus démunis : relèvement à 200 euros de la prime à la cuve, tarif social du gaz à compter du 1er juillet, ou bien encore création d'un fonds spécial alimenté par le
surplus de recettes de TVA. Pour les professions les plus touchées, nous avons également fait face à l'urgence : ainsi les pêcheurs bénéficieront-ils d'ici à la fin de l'année d'une aide sociale à
hauteur de 40 millions d'euros, tandis qu'un ambitieux plan de modernisation de la filière sera mis en oeuvre. Parce que nos partenaires internationaux sont confrontés à la même situation, nous
allons aussi mener le débat au niveau européen pour y apporter une réponse politique globale.
La seconde réponse consiste évidemment à engager un changement profond de nos modes de consommation. Si l'énergie devient durablement chère, à nous d'inciter les Français, producteurs et
consommateurs, à l'économiser. Le plus grand gisement d'énergie, c'est celui des économies d'énergie ! Il est possible de concevoir une croissance sobre en pétrole : en 1973, pour 1 euro de PIB il
fallait 0,19 litre de pétrole, en 2006, il ne faut plus que 0,07 litre. Il faut amplifier fortement ce mouvement. Le Grenelle de l'environnement constitue à cet égard un signal fort, comme
l'attestent plusieurs mesures phares telles que le bonus/malus sur les voitures. Et cela marche : en mai, les cinq modèles automobiles les plus vendus en France étaient tous éligibles au bonus
écologique.
Cependant l'ambition politique ne peut pas se résumer à la gestion de la rareté. Nous devons imaginer des réponses de long terme : celles qui transformeront la contrainte énergétique en opportunité
pour notre croissance économique. L'économie d'énergie doit devenir un véritable secteur économique. Nous devons encourager nos industriels dans la voie des énergies alternatives. Face au pétrole
cher, la clé du succès réside dans la créativité, la recherche-développement et l'innovation. Prenons encore l'exemple de la voiture : grâce au progrès technique, le parc consomme aujourd'hui 10 %
d'essence en moins qu'il y a dix ans. Il est prévu de réduire encore cette consommation de 18 % pour les voitures neuves d'ici à 2013. La voiture propre est la voiture de demain.
Faute d'avoir du pétrole, ayons - à nouveau - des idées ! Elaborons des produits dont le cycle de vie (production, utilisation et recyclage) est économe en énergie, renforçons notre efficacité
énergétique notamment dans le bâtiment, développons les énergies renouvelables : voilà les défis majeurs que nous allons relever. Des défis à coup sûr exportables si nous parvenons à être au
premier rang, comme c'est déjà le cas dans l'eau et le traitement des déchets. Demain, les pays qui seront les plus sobres en énergie seront les plus compétitifs.
Dans ce contexte, l'industrie occupe une place particulière. L'électricité et le pétrole sont en effet à l'origine de la révolution industrielle et constituent la base de la plupart de nos
industries. Une énergie chère est donc une menace pour les entreprises industrielles qui ne prendraient pas le tournant actuel. Par la normalisation, la réglementation ou encore la fiscalité, il
est du devoir des pouvoirs publics de les inciter à investir en recherche et développement et dans la voie d'énergies alternatives.
Paradoxalement, l'ère du pétrole cher pourrait bien devenir une opportunité pour notre industrie en stimulant l'innovation et en ouvrant de nouveaux marchés. Elle pourrait renverser le mouvement de
délocalisation industrielle vers les pays à faible coût de main-d'oeuvre, puisque la main-d'oeuvre bon marché ne sera plus capable de compenser le coût de l'énergie et donc du transport. Nous avons
aujourd'hui les moyens de transformer la contrainte de l'énergie en levier de croissance. Cette croissance verte est devant nous. Saisissons cette opportunité.
Luc Chatel
Secrétaire d'Etat chargé de l'industrie et de la consommation
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