Un petit article très sympa d'une substance qui est fabriquée à 5Km de chez moi ;) Après tout, un peu de pub, ça fait pas de mal.
Un article du journal 'Le Monde' daté du 29 Mai 2008
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Les secrets de la chartreuse
Un ordre religieux fabrique cette liqueur depuis 1764
La Chartreuse (Isère) Envoyé spécial
Elle peut être verte, selon la formule de 1764, ou bien jaune, depuis 1838 ! Il y eut même la blanche, comme la robe de drap blanc des moines qui en conservent le secret. Cet élixir de longue vie
ou liqueur de santé, appelé chartreuse, est élaboré d'après un mystérieux manuscrit du début du XVIIe siècle.
Pratique
Chartreuse Diffusion,
10, boulevard Edgar-Kofler, 38503 Voiron. Tél. : 04-76-05-81-77. Visite des caves de 9 heures à 11 h 30 et de 14 heures à 18 h 30 (ouvert également les samedis, dimanches et jours fériés).
Dégustation et vente. L'un des plus longs chais de vieillissement du monde : 164 mètres.
Musée de la Grande-Chartreuse, La Correrie, 38380 Saint-Pierre-de-Chartreuse.
Tél. : 04-76-88-60-45. De juin à septembre, de 9 h 30 à 18 h 30.
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Son mystère, c'est d'abord la couleur d'une " Fourvoirie jaune de 1932 " (nom de la distillerie à l'époque), or pâle aux reflets verdâtres. Sa palette aromatique suggère des nuances épicées de
citronnelle, d'anis, de curry et des notes délicates de rancio, fruits secs, tabac. En bouche, cette liqueur, produite par les moines dès le milieu du XVIIIe siècle, déploie une persistance
impressionnante.
Aucun journaliste depuis Robert Serrou (un ancien du quotidien La Croix) en 1954 n'a trompé la vigilance du Frère portier de cet ordre, l'un des plus austères de l'Eglise catholique. Rien ne
laissait donc espérer, ce 25 avril, que nous puissions visiter la Grande-Chartreuse, sa salle de stockage des herbes et des épices, son laboratoire où sont effectués les dosages des plantes
aromatiques dont l'ordinateur est en liaison permanente avec la distillerie de Voiron, mais aussi les cellules des moines, l'église conventuelle, les nombreuses chapelles, le cloître et même le
réfectoire, où l'unique repas végétarien est pris en commun et en silence, le dimanche midi.
Sous la conduite du procureur, Dom Benoît, nous avons eu le loisir d'accéder à la Grande-Chartreuse, d'apprécier les volumes de son architecture fascinante, et de tenter de saisir, sinon le secret
du fameux élixir, du moins les conditions de son élaboration actuelle. " Il n'entre pas moins de 130 plantes et épices différentes venues de nombreuses contrées dans les dosages qui se font à la
poignée, comme autrefois, destinés à la macération avec l'alcool, avant distillation ", assure Dom Benoît.
Quel est le pourcentage de plantes aromatiques alpines, les petits oeillets rouges (Dianthus cartusianorum), absinthe, mélisse, bourgeons de sapin ? Lorsque la question est aussi précise, la
réponse se limite à un sourire affable. La couleur de la chartreuse verte est-elle due à la chlorophylle ; le jaune est-il celui du safran ou du curcuma ? Nos questions resteront sans réponse. Même
l'évocation d'un curé savoyard qui, saisissant une bouteille de chartreuse jaune après la verte, avait coutume de dire : " C'est la soeur qu'on verse " - innocente plaisanterie ecclésiastique pour
frère convers - n'entraîne pas la moindre confidence.
DEUX MOINES SEULEMENT
Depuis 1963, le haut de gamme de la production bénéficie de la mention " VEP " (vieillissement exceptionnellement prolongé). Compter une centaine d'euros le litre.
L'histoire de l'ordre, à laquelle est intimement liée celle de la liqueur, est strictement codifiée. Il n'a pas d'autre doctrine spirituelle que le silence érémitique et la solitude et vit en
quasi-autarcie. Les revenus de l'ordre, depuis la fin du XIXe siècle, sont assurés pour partie par la fabrication de la liqueur, dont deux moines seulement (le procureur et son adjoint) connaissent
la recette secrète.
Sur le donateur initial du manuscrit en 1605, François Hannibal d'Estrées, futur maréchal de France, l'on apprend qu'il est un bienfaiteur de l'ordre. Il est aussi le frère aîné de Gabrielle
d'Estrées, maîtresse d'Henri IV. Tallemant des Réaux le décrit comme " un homme dissolu et sans scrupule ". D'où tient-il le fameux grimoire ? De Constantinople peut-être, avance Michel Steinmetz,
auteur de Chartreuse. Histoire d'une liqueur (Glénat, 2006, 143 pages, 30 euros).
Décimés à la Révolution, bannis en 1903 à Tarragone, en Espagne, où ils feront la " tarragone ", tandis qu'à Marseille, de 1921 à 1929, on fabrique les liqueurs vertes et jaunes sous la marque "
Tarragone ", l'histoire complexe de l'ordre et de ce spiritueux excite l'intérêt des collectionneurs, parmi lesquels Michel Rostang, restaurateur parisien.
Une histoire mouvementée, avec ses zones d'ombre, comme l'accueil du milicien en cavale, Paul Touvier, en 1972, à la Grande-Chartreuse.
Jean-Claude Ribaut
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