Un petit article détente pour relater les mésaventures se déroulant autour du château de Sassenage qui est situé à quelques kilomètres de chez moi... Bonne lecture ;)
Un article du journal 'Le Monde' daté du 30 Mai 2008
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Patrimoine La vente du mobilier issu d'un legs est contestée
Le château de Sassenage conduit la Fondation de France en justice
Ce devait être une vente aux enchères d'objets mobiliers, c'est devenu une foire d'empoigne autour d'un château. Et une nouvelle illustration de la difficulté à financer le puits sans fond des
monuments historiques. Vendredi 30 mai, l'étude Robert et Braille propose à Drouot une partie des collections du château de Sassenage, en Isère, propriété de la Fondation de France : des meubles,
des tableaux, des armes, de l'argenterie, des céramiques...
Cette vente a déclenché une violente bataille entre le conseil général de l'Isère et la Fondation de France, une importante institution privée qui abrite 610 fondations créées par des mécènes, gère
leurs comptes et distribue des prix et des bourses dans tous les domaines : santé, recherche, environnement, culture...
Lundi 26, le juge des référés du tribunal d'instance de Paris, saisi par le département, a fait retirer du catalogue les douze pièces les plus intéressantes - meubles et tableaux classés monuments
historiques ou d'intérêt régional - sur un total de 232 références. Insuffisant pour le conseil général, qui devait tenter jeudi une nouvelle action en référé pour faire suspendre la totalité de la
vente, dont la Fondation de France attendait entre 500 000 et 1 million d'euros de recettes.
Situé sur les contreforts du Vercors, le château de Sassenage est un joyau classique du XVIIe siècle, propriété historique de la famille de Béranger, grande lignée savoyarde. Il est classé monument
historique, comme son beau parc et une partie de son mobilier. " C'est un des trésors de l'Isère, un des rares exemples de château du XVIIe siècle resté parfaitement en l'état, à l'intérieur comme
à l'extérieur ", souligne le vice-président (PS) du conseil général chargé de la culture, Claude Bertrand.
La dernière marquise de Béranger-Sassenage, morte en 1971, souhaitait léguer le château au Conseil international de la langue française (CILF) pour garantir son ouverture au public et éviter la
dispersion de ses collections. Cerise sur le gâteau : un capital de 13 millions de francs dont les intérêts doivent financer l'entretien des lieux. A l'époque, le CILF ne peut accepter ce genre de
legs. Il le confie donc à la Fondation de France et devient, pendant trente ans, locataire et gestionnaire du domaine.
Le 9 juillet 2002, face à l'équilibre de plus en plus précaire des comptes, le CILF abandonne la gestion du château à la Fondation de France. " Dès l'origine, les intérêts de la donation ne
suffisaient pas à couvrir les besoins du château ", assure Dominique Lemaistre, directrice du mécénat à la Fondation de France.
Une analyse que ne partage pas le Conseil international de la langue française. Révulsé par la décision de passer outre les dispositions testamentaires de la marquise, le secrétaire général du
CILF, Hubert Joly, dénonce " une opération scandaleuse du point de vue moral et culturel. La Fondation de France agit comme un simple marchand de biens ".
Surtout, M. Joly accuse la Fondation d'avoir mis en place une gestion pour le moins opaque : " Depuis l'année 2000, la Fondation de France a refusé obstinément de nous fournir des justifications
chiffrées. " Le CILF s'étonne notamment d'une baisse considérable des revenus du capital laissé par la marquise, sans rapport, selon lui, avec les sommes investies dans le château.
Après avoir refait la muséographie, repensé la consultation du fonds d'archives et développé une activité commerciale de séminaires, banquets et mariages, la Fondation de France a confié
l'exploitation des lieux, en 2006, à une société d'économie mixte (SEM) créée avec la municipalité de Sassenage.
" La SEM nous demande 50 000 euros chaque année pour équilibrer ses comptes, en plus des charges d'entretien, explique Mme Lemaistre. Nous ne voulons pas continuer à puiser dans le capital, qui se
monte encore à 1,5 million d'euros. Nous avons donc décidé cette vente, qui n'est qu'un des éléments destinés à équilibrer durablement l'activité. " La Fondation veut aussi vendre la métairie,
située à l'extérieur du domaine.
Le château n'est pourtant pas sans recettes : la location d'espaces lui rapporte jusqu'à 500 000 euros par an. Les visites en revanche restent modestes : ouvert aux individuels de mai à octobre
seulement, le monument reçoit 5 000 personnes chaque année.
Dans son ordonnance du 26 mai, le juge des référés a fixé un délai de deux ans pour doter le château de nouveaux moyens. Pour le juge, le conseil général de l'Isère est " seul à même, bien que
défaillant aujourd'hui, de perpétuer, par un financement dont le niveau et les moyens sont à déterminer, la Fondation Sassenage ".
Le département a investi 300 000 euros depuis huit ans dans l'entretien du monument historique. Peut-il faire plus ? " Si la Fondation de France propose de nous céder le château, nous sommes prêts
à l'envisager, assure M. Bertrand. Et à étudier comment respecter les volontés testamentaires de la marquise. "
Une collectivité publique au secours d'une fondation privée issue du mécénat... L'exact contraire des pistes préconisées pour l'avenir des monuments historiques.
Grégoire Allix
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