Jeudi 20 novembre 2008
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D'habitude, je n'aime pas les chroniques et les éditoriaux, mais, là, j'ai plutôt accroché. On y révèle la différence fondamentale entre l'extrême gauche et l'extrême droite, ce qui est plutôt bien
vu et bien relevé.
Bref, l'exception qui confirme la règle...
Un article du journal 'Le Monde' daté du 04 Octobre 2008
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CHRONIQUE POLITIQUE
Olivier Besancenot, Jean-Marc Rouillan et Mme Besse
Article paru dans l'édition du 04.10.08
e Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot peut-il être, pour la gauche, ce que le Front national a été pour la droite ? Nicolas Sarkozy a soutenu cette thèse - exprimé ce voeu... -
devant les responsables politiques qui l'avaient accompagné à Beyrouth, en juin, pour témoigner de leur attachement à la liberté et à la paix au Liban. « La droite a mis vingt ans à régler le
problème de l'extrême droite, aujourd'hui c'est votre tour ! », a déclaré le chef de l'Etat en s'adressant à François Hollande, selon le récit de Christophe Jakubyszyn dans Le Monde du 28 juin.
Le Front national a longtemps concurrencé les partis conservateurs en exprimant de façon simpliste et outrancière des sentiments auxquels ces formations proposaient des réponses civilisées.
Jean-Marie Le Pen et ses partisans claironnaient l'hostilité des « Français de souche » envers les « immigrés », le refus de l'intégration européenne, la demande d'autorité et de sécurité, l'appel
au rétablissement de la peine de mort, le tout accompagné d'un antisémitisme sournois mais immanquable. Brisant le consensus républicain, l'extrême droite exploitait des émotions jusque-là
censurées, mais elle interdisait aux partis qui respectaient ce consensus de s'allier avec elle.
Testons le parallèle voulu par Nicolas Sarkozy. Le parti que les trotskistes de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ont entrepris de créer exprime, lui aussi, des émotions brutes. Olivier
Besancenot concurrence la gauche de gouvernement en disant très fort des choses que beaucoup de Français ont envie d'entendre.
Les socialistes et leurs alliés seront peut-être soumis demain, comme la droite hier, à la pression d'une force politique exprimant des exigences inadmissibles. Qu'ils refusent ou qu'ils acceptent
un accord avec elle, ils seraient condamnés à rester minoritaires, parce qu'ils s'aliéneraient les électeurs extrémistes dans un cas et les électeurs raisonnables dans l'autre.
Fonctionnellement, la comparaison semble valide, mais quelque chose cloche sur le fond. L'extrême gauche s'affranchit, assurément, de ce qu'Alain Minc avait appelé le « cercle de la raison » en
matière économique et sociale, mais elle ne sort pas, pour autant, du cadre républicain. S'il est absurde de prétendre interdire les licenciements, décréter une augmentation générale des salaires
ou adopter des taux d'imposition confiscatoires, cela ne viole pas les principes élémentaires de l'humanité. La liberté serait limitée dans la société que dessine un tel programme, mais Olivier
Besancenot ou Alain Krivine n'ont jamais qualifié les crimes staliniens, maoïstes ou polpotiens de « détails de l'histoire ».
La pierre de touche qui autorise ou non à assimiler l'extrême gauche d'aujourd'hui, en France, à l'extrême droite est la question de la violence. C'est le problème posé au NPA par l'adhésion de
Jean-Marc Rouillan, ancien dirigeant d'Action directe, condamné pour deux assassinats qu'il ne renie pas. Un homme qui considère qu'abattre de sang-froid un patron et un militaire peut relever
d'une « lutte armée » légitime a-t-il sa place dans ce nouveau parti ? A quel titre méritait-il d'être honoré d'un déjeuner, en juin, par le « porte-parole » de ce parti ?
La LCR a finalement condamné les positions exprimées dans L'Express par le prisonnier, dont la semi-liberté a été suspendue. Mais Olivier Besancenot déclare étrangement, dans le même hebdomadaire,
que Françoise Besse, veuve de Georges Besse, PDG de Renault assassiné en 1986, « a des comptes à régler avec Action directe ». Comme s'il considérait que dans la guerre qui, selon lui, traverse la
société, Rouillan est dans un camp, Mme Besse dans l'autre. Et lui-même ?
Patrick Jarreau
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