J'aime bien ces petits moments de débat dans les journaux... Là, c'est au sujet du RSA et c'est la réponse du berger à la bergère...
Enfin moi, ce que je n'ai pas compris, c'est pourquoi cette mesure doit être financée... Si un chomeur est à nouveau embauché, il génère une richesse par le paiement des charges patronales et
salariales, dès lors, pourquoi avoir besoin de financement par l'augmentation de la taxe sur les revenus des livrets d'épargne ?
Un article du journal 'Le Monde' daté du 04 Octobre 2008
************
Le RSA victime de contrevérités
Michel Godet a dénoncé les " effets pervers " du revenu de solidarité active. Le haut-commissaire lui répond, vertement
Dans une tribune (Le Monde du 26 septembre), Michel Godet se déclare opposé au revenu de solidarité active (RSA) et à " ses effets pervers ". Du haut de son autorité de professeur d'un
établissement prestigieux, il dévide un chapelet de contrevérités. Suffisance dans le ton, insuffisances sur le fond. Sans perdre de temps à démêler ce qui relève de l'incompétence ou de la
mauvaise foi, rétablissons les faits.
La démonstration ne peut être juste car le postulat de départ est faux. Effet pervers " le plus grave " selon l'auteur : " Une personne travaillant à 60 %, en contrat de RSA, peut disposer de
ressources équivalentes à celles dont dispose un salarié à plein temps payé au smic, et même supérieures si l'on tient compte des avantages connexes au RMI, dont continueront à bénéficier sans
limite de temps les bénéficiaires du RMI. " Toutes les assertions de cette phrase, destinées à discréditer le RSA, sont inexactes.
D'abord, le RSA n'est pas un " contrat ". C'est une prestation qui vient compléter les revenus du travail des salariés modestes. Ce n'est pas une nuance. C'est un contresens. Un salarié peut
aujourd'hui voir son revenu complété par des prestations familiales, des aides au logement ou une prime pour l'emploi. Aucun de ses soutiens ne dénature le contrat de travail qui le lie à son
employeur. Il en ira de même avec le RSA.
Surtout, c'est ignorer la principale caractéristique du revenu de solidarité active, qui fait sa force : mettre fin aux disparités actuelles en soutenant à la fois les salariés modestes et ceux qui
reprennent du travail. Pour concevoir le RSA, nous avons voulu concilier deux objectifs. Nous sommes partis de la situation de ces personnes qui ne gagnent pas d'argent en reprenant du travail,
parce que leurs gains salariaux sont annulés par une réduction équivalente des aides dont ils disposent quand ils sont inactifs.
Pour éviter cette situation indéfendable, nous prenons l'engagement que chaque fois qu'une personne gagne 100 euros de plus par son travail, les aides ne puissent pas diminuer de plus de 38 euros.
C'est le premier objectif. Le deuxième, c'est qu'une personne qui passe de l'inactivité à l'activité ne se retrouve pas avec des revenus supérieurs à un salarié modeste, déjà en activité. Celui-ci
percevra donc également un complément de revenu de solidarité active.
STIGMATISER LES ALLOCATAIRES
Ainsi, une femme seule avec un enfant, qui travaille à mi-temps, a actuellement un revenu de 670 euros, 500 euros de salaire, 170 euros d'aides. Elle aura, avec le RSA, un revenu total de 883 euros
et ce revenu s'élèvera à 1 202 euros si elle passe à plein temps. Une famille de deux enfants qui vit avec un smic à plein temps a actuellement un revenu de 1 240 euros par mois. Le revenu de
solidarité active lui apportera un complément mensuel de 205 euros.
Quid de la dénonciation des " avantages " dont continueraient à " bénéficier les bénéficiaires du RMI " ? Outre la perversité de la redondance, destinée à stigmatiser les allocataires, rappelons
que le revenu de solidarité active se substitue au RMI qui, dès lors, n'existera plus. Que se passera-t-il ? Une personne qui ne travaille pas aura droit à un revenu de solidarité active de 447
euros, sans changement par rapport à la situation actuelle.
Ce montant diminuera progressivement au fur et à mesure que les revenus du travail prendront le relais, avec à chaque fois un gain net de ressources. Quant aux avantages annexes, ils sont justement
réformés pour la première fois, afin qu'ils ne soient pas liés à un statut, mais proportionnels au revenu.
L'auteur néglige les données des programmes expérimentaux. Ceux-ci ont mis en évidence que le RSA favorisait le retour à l'emploi sans augmenter le temps partiel, y compris pour des personnes qui
avaient été sans activité depuis plusieurs années. Il y a quand même une vérité dans la tribune de M. Godet, sa conclusion : " Tout le monde peut se tromper. " Il en fournit la preuve
éloquente.
Avant l'élection présidentielle, tout le monde - ou presque - était favorable au revenu de solidarité active. Au cours de l'année écoulée, il avait peu de détracteurs. Au contraire, il était
soutenu d'autant plus ardemment qu'on m'expliquait sur un ton narquois qu'il ne se ferait jamais et qu'il serait lâché par le président de la République.
Aujourd'hui, alors qu'il se fait, dans le strict respect des principes initiaux, on voit poindre la tentation du dénigrement, la crainte du passage à l'acte, l'apologie du statu quo. Autant
d'attitudes que les personnes concernées par le RSA interprètent déjà comme le retour de l'indifférence. Il est remarquable de noter, cependant, que ceux qui ont créé le RMI, et auquel on peut donc
prêter un certain crédit, sont favorables à ce qu'il soit transformé en revenu de solidarité active. Je trouve plus confortable d'être fidèle à ses convictions que de changer de position... ou de
ne pas en avoir !
Martin Hirsch
Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté
Commentaires