Si on considère qu'un régime ouvertement antidémocratique peut passer par un large soutien de l'armée, on pourrait dire que la Guinée est bien partie pour constituer une dictature.
Cependant, l'armée n'est pas unie dans ce pays... Ceci fait que je crains beaucoup pour l'avenir de ce pays.
Un article du journal 'Le Monde' daté du 26 décembre 2008
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En Guinée, une junte militaire s'empare du pouvoir et met à l'épreuve la cohésion de l'armée
Le Comité national pour la démocratie et le développement promet des élections " en 2010 " et appelle officiers et ministres à rejoindre un camp militaire dans les vingt-quatre heures
L'ampleur du soutien dont bénéficient au sein même de l'armée guinéenne les militaires qui se sont emparés du pouvoir à Conakry restait incertain, jeudi 25 décembre au matin, trois jours après la
mort du dictateur Lansana Conté. Les putschistes ont promis, mercredi, d'" organiser des élections libres, crédibles et transparentes fin décembre 2010 " et affirmé qu'ils n'avaient " aucune
ambition de s'éterniser au pouvoir ". Mais les circonstances qui ont amené l'obscur capitaine Moussa Dadis Camara à se proclamer chef de l'Etat, mercredi soir, restent à éclaircir. " Je suis
convaincu, rassuré que je sois le président de la République ", a énigmatiquement déclaré le nouvel homme fort tout en assurant que " l'ambition du pouvoir " ne l'avait " jamais animé ". Le
capitaine Camara occupait jusqu'à présent les fonctions de directeur général des hydrocarbures de l'armée.
Moussa Dadis Camara, un obscur capitaine, dirige la junte
Des centaines de militaires arborant leurs armes, mais aussi des policiers et des douaniers, ont paradé, mercredi 24 décembre, au centre de Conakry, capitale de la Guinée, où ils se sont fait
acclamer par une foule enthousiaste aux cris de " Vive le nouveau chef ! ", " Vive la nouvelle Guinée ! ". Les putschistes, qui avaient décrété un couvre-feu, l'ont finalement ajourné jusqu'à
vendredi, " pour permettre aux chrétiens de passer tranquillement la fête de Noël ". La junte a qualifié sa prise du pouvoir comme " un acte de civisme qui répond à la volonté de sauver un peuple
en détresse ". Inconnu, le capitaine Moussa Dadis Camara est un quadragénaire ayant participé aux mutineries du printemps 2007 et de mai dernier destinées à obtenir le paiement d'arriérés de soldes
et de primes. Fils d'un paysan de la région de N'Zérékoré (1 000 km au sud-est de Conakry), il a étudié à la faculté de droit et sciences économiques de Conakry, mais ne s'est pas révélé brillant,
selon des camarades. Lui-même affirme n'être " pas parvenu au pouvoir par hasard ", mais en raison de " beaucoup de qualités ", vantant son propre " esprit patriotique " et sa " générosité ". -
(AFP.)
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Parlant au nom d'un " Comité national pour la démocratie et le développement ", une junte de 32 membres, les militaires ont appelé mercredi soir " tous les officiers généraux " et les " membres du
gouvernement " à gagner un camp militaire sous 24 heures, avant un " ratissage ". Le colonel Camara a affirmé " ne pas savoir " si des membres du gouvernement avaient été arrêtés.
Dans ce climat incertain, l'attitude des officiers supérieurs pourrait se révéler déterminante pour la paix civile, car l'armée guinéenne, loin d'être unie, est traversée par de multiples
fractures. Pilier central du régime de Lansana Conté qui vient de tomber après 24 ans de règne, cette armée, forte de 12 000 à 17 000 hommes, en était aussi la hantise.
Le pilier parce que les militaires n'ont cessé de participer aux sanglantes répressions des émeutes populaires, comme celles de janvier et février 2007. La hantise parce que, périodiquement, des
mutineries, dont le colonel Camara aurait été récemment un meneur, ont ébranlé le pouvoir du " président à vie ".
A chaque mouvement d'humeur des militaires, le régime a repris l'avantage en concédant aux soldats des avantages matériels exorbitants qui leur ont aliéné encore un peu plus la population. Habitués
à ne devoir acquitter que 10 % du prix du sac de riz, les militaires ont été furieux de devoir en payer 60 % sous le gouvernement de consensus qui a suivi les émeutes de 2007, indique un rapport de
l'International Crisis Group (ICG), une organisation basée à Bruxelles dont les analyses font référence. En mai dernier, ils se sont soulevés pour protester contre le retard dans le versement d'une
prime de compensation et le pouvoir a très vite cédé.
Du fait de cette prise en otage récurrente du pays s'ajoutant au rôle ultrarépressif, la population peine à considérer les militaires en libérateurs.
Aujourd'hui, la Guinée est plongée dans un tel chaos que nombre d'observateurs considèrent que la prise de pouvoir par l'armée constitue un moindre mal. Mais ce scénario est rendu incertain par les
" nombreuses lignes de clivages aussi bien générationnelles qu'ethniques " qui traversent l'armée guinéenne selon ICG. Même le corps des officiers supérieurs, qui ont commencé leur carrière sous
Sékou Touré et soutenu Lansana Conté, n'est pas uni. A des rivalités ethniques (Sousou contre Peul) s'ajoutent des différends personnels.
Quant aux officiers, ils sont scindés entre un groupe issu de l'ethnie de l'ancien président Conté, les Soussou de Basse- Guinée, qui doivent leur réussite sociale à l'ancien régime, et des
éléments plus jeunes qui, du fait d'origines différentes, n'ont pas bénéficié des mêmes largesses.
Pour les premiers, " les galons sont un accès privilégié à l'enrichissement personnel ", écrit l'International Crisis Group. Car " l'armée est un acteur économique important en Guinée ". Ainsi, "
l'armée est grande productrice de riz dans ce qui est communément appelé les "champs du président" ". Des marchés d'Etat sont aussi attribués à des militaires, et les budgets correspondant parfois
détournés.
Ces privilèges ne concernent ni les jeunes officiers qui s'estiment victimes d'une discrimination à base ethnique ni les hommes de troupe dont le mécontentement a été souvent à l'origine des
mutineries. L'avenir dira si le colonel Camara, qui s'est autoproclamé " président " mercredi, se révélera ou non capable de rassembler le grand corps désarticulé de l'armée guinéenne.
Philippe Bernard
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