Mardi 10 février 2009
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Compliqué cet arrêt :
- D'un côté il est juste car il témoigne des agissements de l'Armée, par l'intermédiaire d'un Général. Comme ces agissements sont prouvés et avoués, ils font donc partie de l'Histoire. Son auteur a
droit a sa liberté d'expression et n'a pas l'obligation d'avoir des regrets pour ses actes.
- D'un autre côté, comme l'auteur ne regrette rien, ce manque de regret peut relever d'une certaine apologie des méthodes, donc, de la torture.
La Cour européenne des droits de l'Homme a jugé que le jugement Assaresses obéissait à la première logique, alors que les instances Française avaient plutôt affirmé un jugement proche de la
deuxième logique.
Je serais bien incapable de dire quel est le bon arrêt : la démagogie me dicterait la deuxième, mais la vraie recherche de vérité me commanderait la première...
Quant au fait que le vieux général redemande sa Légion d'Honneur, je crois qu'il a fait l'école du rire ! Déjà bien qu'il ait le droit de ne pas avoir de regrets d'avoir torturé des gens : il croit
pas encore qu'on va le féliciter pour ça non ?
Quant à Michel Tubiana, j'espère, tout comme lui, que cet arrêt n'est pas une réhabilitation du Général sénile...
Un article du journal 'Le Monde' daté du 17 Janvier 2009
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STRASBOURG UN LIVRE SUR LA GUERRE D'ALGÉRIE
La Cour européenne donne raison aux éditeurs d'Aussaresses
LA FRANCE a violé le droit à la liberté d'expression en infligeant de lourdes amendes aux éditeurs du livre du général Aussaresses, Services spéciaux, Algérie 1955-1957. C'est le sens de l'arrêt
rendu, jeudi 15 janvier à Strasbourg, par la Cour européenne des droits de l'homme.
Les magistrats ont donné raison aux plaignants, les ex-directeurs des éditions Plon et Perrin, Olivier Orban et Xavier de Bartillat, jugés coupables par le tribunal correctionnel de Paris, en
janvier 2002, puis en appel en 2003, d'apologie de crimes de guerre. L'un et l'autre avaient été condamnés à 15 000 euros d'amende. Le général Aussaresses avait été condamné pour sa part à 7 500
euros.
Dans cet ouvrage, publié en avril 2001, le vieux général à l'oeil bandé poursuivait ses premières révélations faites au Monde, en novembre 2000, dans lesquelles il expliquait comment l'armée
française avait écrasé les indépendantistes algériens après que le pouvoir politique s'était défaussé sur elle de cette " sale besogne ". Au fil des pages, Aussaresses confirmait avoir fait
torturer systématiquement ses prisonniers, mais, surtout, il révélait avoir pendu à Alger, en mars 1957, le haut responsable du FLN, Larbi Ben M'Hidi, et fait précipiter dans le vide l'avocat Ali
Boumendjel. Jusque-là, la thèse officielle - qui prévaut aujourd'hui encore - était que les deux hommes s'étaient suicidés.
Exprimés sans le moindre état d'âme, et même sur un ton cynique, ces aveux avaient fait scandale en France et en Algérie. Ils avaient provoqué l'affolement de certains anciens hauts gradés de
l'armée française, qui redoutaient de voir dévoilé leur comportement passé en Algérie en dépit des lois d'amnistie. Aussaresses, lui, avait été dégradé de sa Légion d'honneur, sur ordre de Jacques
Chirac, à l'époque chef de l'Etat. Il en avait conclu qu'il avait été sanctionné non pour ce qu'il avait fait mais pour ce qu'il avait dit.
" TÉMOIGNAGE "
Jeudi, la Cour européenne des droits de l'homme a estimé que le fait qu'Aussaresses " ne prenne pas de distance par rapport à ces pratiques atroces " est " un élément à part entière de ce
témoignage ". Pour elle, le livre est " d'une singulière importance pour la mémoire collective " et Aussaresses n'y est " pas glorifié ". Olivier Orban et Xavier de Bartillat se voient du coup
allouer 33 000 euros pour dommage matériel.
" L'histoire l'emporte sur les faux-semblants et le politiquement correct. Et surtout, ça valide l'idée que je me fais de mon métier d'éditeur d'histoire ", se réjouit Xavier de Bartillat. Le
général Aussaresses, qui vient de fêter ses 90 ans, rêve déjà de récupérer sa Légion d'honneur, " la seule chose qui compte pour moi ", dit-il. Son avocat, Gilbert Collard, le soutient dans cet
objectif et a l'intention " d'engager sans attendre " des démarches en ce sens.
Quant à Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, qui avait poursuivi Aussaresses (non ses éditeurs) pour apologie de crimes de guerre, il est consterné. " Je redoute
que beaucoup interprètent l'arrêt de la Cour européenne comme une réhabilitation d'Aussaresses ", déplore-t-il.
Florence Beaugé
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