Celui qui veut résoudre le conflit Israëlo-Palestinien doit être à même de réunir les deux camps à une table, recueillir les doléances de chacun et essayer de parvenir à un équilibre...
On n'y parviendra jamais à écouter les lamentations des uns et des autres, car qui dit lamentations, dit forcément tentative de dire et d'exprimer que l'on a raison et que le camp adverse à tort,
par méchanceté, par racisme, par ignorance et par manque du sens de la démocratie. C'est pour cela que ce texte, paru dans le journal 'Le Monde' daté du 22 Janvier 2009 ne pourra jamais résoudre
quoi que ce soit : ce type joue les pleureuses en disant que les méchants Arabes sont racistes, et que le gentil Juif aporte paix, prospérité, démocratie et liberté de culte aux Palestiniens...
Bien entendu, casser la gueule à un Juif en France n'est pas tolérable, quel qu'en soit le prétexte ! Mais la solution doit passer par un dialogue ininterrompu, et le dialogue ne doit, ni ne peux
se résumer à présenter la boite de Kleenex pour chialer avec les Juifs et leur signer un chèque en blanc pour qu'ils continuent à casser de l'Arabe, fusse-t-il combattant ou civil...
La guerre est sale et ses motifs sont abjects. Dans ce conflit, chacun porte sa part de responsabilité. Comme la guerre est sale, le Juif l'est, autant que le Palestinien. Il faut en profiter pour
tout remettre à plat en tentant une médiation. Mais une médiation qui se résume à se présenter en victime pour désigner son adversaire en coupable, n'a aucune chance d'aboutir.
Ce texte mérite donc un classement vertical en attendant de vraies solutions. Tiens ? Où sont les solutions proposées dans ce texte pour résoudre la crise ? Car la véritable lacune de ce texte est
de pouvoir offrir autant de contre-exemples à l'exemplarité supposée d'Israël, démontrant que le texte est orienté car ne disant pas la vérité à 100%.
**************
Le juif, coupable universel
Article paru dans l'édition du 22.01.09
Derrière la compassion pour les victimes ou le souci de justice affichés, les réactions contre Israël n'expriment-elles pas la vieille haine antisémite ?
Depuis l'entrée de Tsahal dans la bande de Gaza, les médias parlent benoîtement d' « importation du conflit », de « violences intercommunautaires ». Elles sont tout de même un peu à sens unique,
les violences « intercommunautaires ». Cela consiste, en gros, à ce que des jeunes gens d'origine arabo-musulmane s'en prennent à des juifs, manifestant par là leur soutien à leurs « frères »
palestiniens opprimés. Ils n'ont d'ailleurs pas attendu le conflit de Gaza pour pratiquer ce sport, et l'agression ou l'injure adressée aux juifs est devenue un phénomène récurrent.
La mort de centaines de femmes et d'enfants palestiniens est un désastre humain qui doit susciter en tout homme l'horreur et la compassion. En conséquence de quoi, il est légitime d'aller casser la
figure à un juif de France qui n'y est pour rien. Sans doute parce que ces gens-là, c'est bien connu, forment un lobby. Tout juif est complice.
Que soutiennent-ils, en tant que quoi manifestent-ils, ceux qui cassent du juif, et ceux qui manifestent contre l'opération israélienne ?
Soutiennent-ils le Hamas ? Savent-ils que les textes de référence de ce mouvement n'ont rien à envier à ceux du Parti nazi ? Que son objectif déclaré est de tuer les juifs et de détruire Israël ?
Veulent-ils qu'Israël reçoive éternellement ses missiles sans réagir ? Savent-ils que l'intrication des combattants et des civils est telle, à Gaza, que faire le tri lors d'une opération militaire
est d'une extrême difficulté ?
Réagissent-ils en tant qu'Arabes ? Mais ils sont français, et en quoi un Français est-il impliqué dans un conflit international, sinon au nom de la justice universelle ? Réagissent-ils alors au nom
de la justice universelle ? En tant qu'êtres humains ? Mais alors, pourquoi ne se révoltent-ils pas quand on massacre les Indiens du Chiapas, les Tibétains ? Pourquoi les centaines de milliers de
morts, les inconcevables cruautés perpétrées au Darfour ne les jettent-ils pas dans les rues ? Tout de même pas parce qu'elles sont le fait des milices d'un régime islamiste ? Pourquoi ne
trouvent-ils pas étrange que les communautés juives aient quasiment disparu de tous les pays arabes, après persécutions et spoliations ? Pourquoi ne réclament-ils pas, au nom de la justice, le
droit au retour des juifs chassés ?
PROPAGANDE PARANOÏAQUE
S'ils réagissent en tant qu'Arabes, où étaient-ils quand les Syriens ou les Jordaniens massacraient dix fois plus d'Arabes, palestiniens ou non, que Tsahal ? Savent-ils que l'un des rares endroits
du Moyen-Orient où les Arabes bénéficient de droits démocratiques, c'est Israël ? Savent-ils que, pour la liberté, la démocratie, les droits de l'homme, il vaut infiniment mieux être arabe en
Israël que juif dans un pays arabe, et, à bien des égards, qu'arabe dans un pays arabe ?
Savent-ils qu'Israël soutient financièrement la Palestine, soigne les Palestiniens dans ses hôpitaux ? Que les deux millions d'Arabes israéliens ont leurs députés ? Savent-ils que, si la haine
antijuive et le négationnisme se déchaînent dans les pays arabes, attisés par une propagande paranoïaque, qui n'hésite pas à faire usage du faux antisémite des Protocoles des Sages de Sion, la
réciproque n'est pas vraie ? Que si de nombreux Israéliens défendent les droits des Arabes, rarissimes sont les Arabes qui défendent des juifs ?
Réagissent-ils en tant que communauté opprimée ? Mais alors, pourquoi les Noirs de France ne s'en prendraient-ils pas aux Arabes qui les exterminent au Soudan ? Pourquoi la communauté indienne ne
manifesterait-elle pas contre les régimes arabes du Golfe qui traitent leurs « frères » comme des esclaves ? Voilà qui mettrait de l'ambiance dans la République !
Réagissent-ils en tant que musulmans ? Mais où étaient-ils quand on les massacrait en Bosnie, en Tchétchénie, en Inde ? Leur silence ne s'explique tout de même pas parce que les massacreurs
n'étaient pas des juifs, n'est-ce pas ? Savent-ils que les musulmans d'Israël pratiquent librement leur culte ? Que l'université hébraïque de Tel-Aviv abonde en jeunes filles voilées ? Combien de
juifs en kippa au Caire, à Damas, à Bagdad ? L'exigence de justice est-elle à sens unique ?
On finit donc par se dire que ces manifestations, les violences et les cris de haine qui les accompagnent ne sont motivés ni par la compassion envers les victimes palestiniennes, ni par le souci de
la justice, ni même par la solidarité religieuse ou communautaire, mais bien par la bonne vieille haine du juif. On peut massacrer et torturer à travers le monde cent fois plus qu'à Gaza, le vrai
coupable, le coupable universel, c'est le juif.
Une poignée de juifs qui transforment un désert en pays prospère et démocratique, au milieu d'un océan de dictatures arabes sanglantes, de misère, d'islamisme et de corruption, une poignée de juifs
qui, en outre, décident de ne plus être victimes, voilà qui est insupportable. Il faut donc bien que les juifs soient coupables, sinon où serait la justice ?
Pierre Jourde Romancier, critique littéraire, professeur à l'université de Grenoble-III
Commentaires