Mercredi 26 août 2009
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Je pense que, dans cet article, on se pose les mauvaises questions. On cherche à savoir pourquoi la crise n'a pas été anticipée, on cherche à savoir pourquoi les économistes n'ont pas fait leur
boulot.
Dans cet article, on dit que c'est parce qu'ils ne sont pas indépendants. La vérité est beaucoup plus crue : c'est tout simplement car ils sont nuls !
L'économie cherche à mettre en équation le comportement humain. C'est très difficile car le comportement humain est un système, comme on dit en mathématiques, hautement chaotique. En clair, même si
on a l'impression d'arriver à le mettre en équation, il y aura toujours un moment où les équations seront fausses : les plus petites variations inhérentes aux comportements individuels de chacun
vont induire des erreurs rhédibitoires qui aboutiront à mettre à la poubelle n'importe quel modèle.
Le comportement humain est donc assimilable à un système météorologique, et, en météorologie, on ne peut prévoir le temps qu'à une semaine. Au dessus, il faut des capacités de calcul trop
importante.
Mais en plus, on ajoute deux autres niveaux de chaos par rapport aux modèles météo :
1. L'humain ne fonde pas toujours ses décisions sous un critère rationnel au contraire de la météo qui adopte toujours les mêmes lois physiques. Des études ont montré que la peur de perdre était
plus importante que la joie de gagner, d'où des prises de risques pas toujours rationnelles, et loin s'en faut...
2. L'humain a les capacités de contourner ses propres lois pour pouvoir essayer de gagner toujours plus. En clair, il lui arrive de jouer avec les équations qui modélisent ses décisions ! C'est
comme si un nuage ne voulait pas arroser son village, et utilisait les éléments physiques qui sous-tendent sa propre formation pour aller arroser le voisin : ridicule !
Voici pourquoi l'économie n'est pas une science et que ceux qui pensent que c'en est une sont de sombres imbéciles heureux...
Un article du journal 'Le Monde' daté du 04 Juillet 2009
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Chronique Baromètre
A quoi servent les économistes ?
Comme chaque année, le débat économique français va se déplacer à Aix-en-Provence le temps d'un week-end de juillet. Organisées par le Cercle des économistes, ces rencontres s'annoncent une fois de
plus brillantes. On y écoutera Jean-Claude Trichet (BCE), Pascal Lamy (OMC), Mario Monti (ex-commissaire européen), Christine Lagarde, plus d'une vingtaine de chefs d'entreprise français mais aussi
les Américains Robert Reich et Laura Tyson (Berkeley), des responsables indiens, japonais, arabes... discuter, en toute convivialité d'un thème assez large - " des ruptures aux nouveaux équilibres
" - pour permettre toutes les digressions.
Une fois de plus, chacun repartira avec, dans sa besace, nombre d'idées pour les mois à venir et le sentiment, chaque année plus présent, d'assister à l'émergence d'un " Davos français ".
Si l'on ne peut qu'être admiratif devant l'influence prise en quinze ans par cette bande d'une trentaine de brillants copains qui constitue le Cercle des économistes, comment ne pas être déçu par
leur myopie face à la crise ? Car, après tout, celle-ci est née aux Etats-Unis mais c'est aussi d'outre-Atlantique que sont venus les rares Cassandre. Pourtant, la France ne créait-elle pas à la
même époque la " Paris School of Economics " pour tenter de lutter contre l'hégémonie anglo-saxonne en la matière ? Observateurs, voire inspirateurs du prétendu " modèle français ", comment se
fait-il que ces économistes n'aient rien vu de la faillite du modèle américain ?
Alors que les meilleurs experts mondiaux des inégalités sont français, comment se fait-il qu'il n'y ait eu aucun travail sérieux sur l'influence des rémunérations de la finance sur la prise de
risques ? Comment même, certains parmi les plus connus, ont-ils pu des mois durant nous expliquer que la crise des subprimes allait rester cantonnée à un tout petit secteur de la finance ? Pourquoi
avoir laissé dire au printemps 2008 que la crise était finie ?
Evidemment, ces questions dérangent. Surtout qu'elles en induisent d'autres. A force de multiplier les interventions dans les médias et les colloques, les économistes ont-ils encore le temps de
travailler sérieusement ? Universitaires mais aussi banquiers ou consultants, ont-ils toujours une parole libre ? Membres pour la plupart d'entre eux du Conseil d'analyse économique qui travaille
pour le premier ministre, ne se sentent-ils pas parfois obligés d'édulcorer certains de leurs travaux en raison de l'impact politique que ceux-ci peuvent produire ?
Les citoyens, et c'est heureux, se préoccupent de l'indépendance des médias, mais beaucoup moins de celle des experts qui interviennent, notamment (mais pas uniquement) dans ces mêmes médias. La
crise n'est-elle pas l'occasion d'ouvrir le débat ? Comme chaque année, nous irons avec un plaisir non dissimulé à Aix-en-Provence. Mais notre plaisir aurait été encore plus grand si ces questions
y avaient été abordées.
Frédéric Lemaître
Courriel :
lemaitre@lemonde.fr
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