C'est qu'un juste mérite de voir la popularité de Angela Merkel outre-Rhin. Elle symbolise la compétence quand nos politicards, à nous, souffrent d'une incompétence généralisée rare.
Plus généralement, concernant l'Europe, l'Allemagne assume le fait d'appartenir à l'Europe, tout en étant attachée à un certains nombres de principes nationaux. En France, les partis politiques ont
énormément de mal à adopter cet équilibre. Qui suppose équilibre, suppose réflexion. Le Français a du mal à penser gris : il préfère penser blanc ou noir, c'est plus facile...
Angela envoie au calendes grecques le principe utopique et trompeur de fédéralisme, et c'est une bonne chose pour tout le monde. L'Europe est un équilibre qui doit préserver un certains nombre de
'chasses gardée'.
En plus, l'Allemagne a fait le deuil de son douloureux passé concernant le nazisme. Réellement, l'Allemagne a beaucoup de leçons à donner à la France, tant nos hommes politiques souffrent
d'incompétence chronique. Cette incompétence est nourrie, comme je l'ai déjà dit, par le fait que nos homme politiques ont une formation de juriste, formation néfaste aux tâches de gestionnaire
incombant à des hommes qui doivent gérer un pays. Angela Merkel a une formation de scientifique de haut niveau : et si c'était cela la principale différence entre nos deux pays ?
Un article du journal 'Le Monde' daté du 17 Juillet 2009
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L'Allemagne apaisée enterre le rêve européen
Le 30 juin, la Cour constitutionnelle allemande a mis fin à l'idéal d'une fédération européenne : l'Etat ne pourra plus abandonner de souveraineté sans changer de Constitution. Convaincus de leur
supériorité économique et sereins sur leur passé, les Allemands semblent, enfin, heureux
Rien ne va plus en Allemagne. L'impression du catalogue Quelle, La Redoute allemande, a été interrompue, pour cause de faillite. Aux sauvetages bancaires succèdent les défaillances industrielles.
La récession va atteindre 6 % du produit intérieur brut (PIB) en 2009, la production industrielle et les exportations se sont effondrées de plus d'un quart, le chômage va s'envoler à
l'automne...
Rien ne va plus, et pourtant les Allemands se sentent étonnamment bien dans leur peau. Mieux que jamais, soixante ans après la fondation de la République fédérale et vingt ans après la chute du mur
de Berlin. " Heureux comme Dieu en France ", serine, un brin envieux, le dicton germanique. Les citoyens allemands n'en demandent plus tant, satisfaits de vivre entre Rhin et Oder. Ils se remettent
même à consommer ! Convaincus que leur modèle économique est le meilleur en ces temps troublés. Enfin apaisés sur leur passé. Tant pis pour l'Europe et le rêve fédéral que la Cour constitutionnelle
vient d'enterrer.
A moins de trois mois des élections législatives, cette sérénité s'incarne dans les deux responsables politiques les plus populaires du pays : la chancelière chrétienne-démocrate Angela Merkel et
son nouveau ministre de l'économie, Karl-Theodor von und zu Guttenberg. La première reflète l'Allemagne telle qu'elle est : modeste, protestante, de formation scientifique, un peu terne, prudente à
l'excès, plutôt sociale, soulagée d'avoir enfin traversé les épreuves de la RDA et de la réunification. Le second, c'est l'Allemagne qui rêve de flamboyance, après des décennies de retenue :
Karl-Theodor zu Guttenberg est jeune (37 ans), catholique, riche et bavarois. Issu d'une famille dont l'arbre généalogique remonte à 1149, père de deux filles et marié à l'élégante comtesse
Stephanie von Bismarck-Schönhausen, il enjambe le drame du IIIe Reich : un de ses grands-oncles a été exécuté pour avoir conspiré en juillet 1944 avec le baron Claus von Stauffenberg contre Hitler.
Ce conservateur féru de philosophie redonne au pays ses racines intellectuelles du XIXe siècle, quand le destin de l'Allemagne n'était pas écrit.
A eux deux, ils gèrent les contradictions d'un pays pas toujours lucide, qui voudrait être orthodoxe mais où le gouvernement est contraint d'intervenir tous azimuts (garanties bancaires multiples,
primes à la casse automobile, chômage partiel) en espérant être sauvé, à l'automne, par la reprise du commerce mondial. Le sauvetage d'Opel, qui emploie 25 000 salariés, en témoigne. Dans la nuit
du 29 mai, au cours d'une réunion de crise à la chancellerie, Guttenberg s'oppose au plan de sauvetage de la filiale de General Motors par des Russes. Trop risqué pour le contribuable. Il offre sa
démission à Angela Merkel, qui la refuse.
L'ancien chancelier social-démocrate (SPD) Gerhard Schröder, qui avait renfloué en 1999 Holzmann, un groupe de bâtiment et de travaux publics en faillite, avec les deniers publics, attaque
gaillardement " ce baron de Bavière ", décidément bien peu sensible aux emplois des ouvriers. Sans succès, comme en témoigne le revers historique du SPD aux élections européennes du 7 juin : les
Allemands ont retenu que Holzmann avait fini par péricliter. Dans un pays où l'on parle impôts en famille comme on s'étripe sur Nicolas Sarkozy en France, un sou est un sou. Les Allemands font de
Guttenberg leur mascotte, le garant de l'" Ordnungspolitik ", chère au ministre de l'économie Ludwig Erhard, père du miracle économique dans les années 1950 : l'Etat est là pour fixer les règles du
jeu de l'économie sociale de marché, pas pour sauver les entreprises défaillantes.
Une aubaine pour la chancelière, qui a habilement autorisé son ministre à faire entendre sa voix dissidente : elle a trouvé une solution de sauvetage pour Opel mais l'orthodoxie de son jeune
ministre rejaillit sur elle.
Car l'essentiel est de retrouver l'atmosphère de miracle économique qui soufflait sur l'Allemagne avant que n'éclate la crise en septembre 2008. Le pays avait digéré la réunification, retrouvé sa
compétitivité à force de modération salariale, engrangé des excédents commerciaux record et assaini ses finances publiques. Il est urgent que tout redevienne comme avant.
La campagne est propice aux promesses en tous genres. Angela Merkel propose des baisses d'impôts auxquelles les Allemands ne croient pas, alors que le retour à l'équilibre des finances publiques
est sans cesse reporté. Qu'à cela ne tienne. Les responsables politiques décident de se protéger d'eux-mêmes et de mettre les déficits hors la loi. Le Parlement vient d'inscrire dans la
Constitution la limitation du déficit public fédéral à 0,35 % du PIB en 2016 et l'interdiction pour les régions de recourir, sauf exception, à l'endettement, à partir de 2020.
Et dès que la reprise pointera son nez, l'Allemagne, qui veut ne douter de rien, compte refaire la course en tête grâce à ses exportations. " Nous n'avons pas d'alternative pour assurer notre
prospérité. Le marché intérieur est trop faible compte tenu du vieillissement et de la diminution de la population ", explique Ulrich Wilhelm, porte-parole d'Angela Merkel. Et tant pis pour les
Français qui accusent l'Allemagne d'égoïsme. Parce qu'elle lamine les salaires et la consommation en Europe en faisant la course à la compétitivité. Parce qu'elle crée de graves déséquilibres
macroéconomiques en engrangeant des excédents commerciaux colossaux placés imprudemment sur les marchés financiers. Parce que sa politique de délocalisation en Europe de l'Est sera moins efficace
quand ces pays auront achevé leur rattrapage économique et verseront des salaires comparables à ceux d'Europe occidentale.
" Les Allemands vont continuer de consolider leur compétitivité. Ils ne vont pas ralentir. Cela fait consensus à presque 100 %. Que la France ne se fasse pas d'illusion ", met en garde le Vert
Joschka Fischer, ancien ministre des affaires étrangères de Gerhard Schröder (1998-2005). Les Allemands avanceront, avec ou sans l'Europe. Les plus avisés ne se faisaient depuis longtemps plus
d'illusions. L'ancien ministre des affaires européennes français Jean-Pierre Jouyet, alors directeur du Trésor, l'avait prédit dès 2004 : l'alliance Paris-Berlin, scellée pour faire voler en éclats
les règles du pacte de stabilité de l'euro, s'évanouira dès que l'Allemagne aura entrepris ses réformes. Alors, elle n'aura plus besoin de la France et de l'Europe.
C'est chose faite depuis le 30 juin. Ce mardi matin, le gratin de la République fédérale s'est déplacé à Karlsruhe. Les télévisions publiques retransmettent l'événement en direct. A 10 heures, les
huit juges de la Cour constitutionnelle, vêtus de rouge, font leur entrée solennelle. Son vice-président, Andreas Vosskuhle, entame pour deux heures trente la lecture d'un arrêt historique. La Cour
donne son feu vert au traité de Lisbonne, s'empressent les plus optimistes. En réalité, elle vient de mettre un point final à l'intégration européenne.
Faute de peuple européen, le Parlement de Strasbourg n'a pas de vraie légitimité politique. Celle-ci émane des populations des Etats, donc des Etats. La Cour prend un malin plaisir à énumérer tous
les domaines qui doivent leur être " réservés " : la politique pénale, policière, militaire, fiscale, sociale, culturelle, cultuelle, d'éducation ou de média... Pour transférer ces compétences à
l'Europe, il faudra changer de Constitution allemande. Par référendum. C'en est fini de l'" union sans cesse plus étroite " prônée par le traité de Rome de 1957.
Un mois plus tôt, la chancelière allemande avait, elle aussi, fermé le ban. Dans l'indifférence quasi générale, elle se rend le 27 mai à l'université Humboldt de Berlin pour prononcer un discours
sur l'Europe. Elle réitère les poncifs habituels : " L'Allemagne a toujours considéré que l'unification de l'Europe faisait partie de sa raison d'Etat ", explique-t-elle. Mais elle se refuse
explicitement à évoquer les " finalités de l'Europe " - en clair, le rêve fédéral. Officiellement, ce serait rendre plus compliqués les pas politiques suivants. En réalité, la chancelière estime
qu'il est impossible d'aller plus loin dans l'intégration, le traité de Lisbonne, qui accroît fortement le poids de l'Allemagne dans les institutions européennes, étant " un optimum ".
" Nous n'introduirions plus l'euro aujourd'hui ", déplore Joschka Fischer, qui avait inauguré en 2000 la tradition des discours à l'université Humboldt, esquissant pour la dernière fois un rêve
fédéral allemand. " Nous devenons gaullistes. Comme la France, nous voyons de plus en plus l'Europe comme un moyen et pas un projet. "
Mme Merkel cherche le juste équilibre pour son pays en Europe. Qu'elle n'assume pas son leadership, on accuse l'Allemagne d'être une grande Suisse. Qu'elle défende ses intérêts, et on l'accuse
d'impérialisme. " C'est le destin du pays le plus grand. On ne fait jamais bien les choses, c'est toujours trop ou pas assez. Il faut prendre cela avec philosophie ", estime M. Wilhelm, le
porte-parole de la chancelière. La crainte française d'un Hinterland allemand, d'une arrière-cour en Europe de l'Est, s'est révélée infondée. " Les pays de l'élargissement ont adhéré à l'Union
européenne pour des raisons économiques, mais ils prennent leurs décisions politiques avec les Américains ", commente le secrétaire d'Etat à l'intérieur, le chrétien-démocrate Peter Altmaier. Ce
Sarrois déplore l'absence d'amitié germano-polonaise ou germano-tchèque.
Au niveau mondial, l'Allemagne s'est prouvé qu'elle était normalisée en envoyant en 1999 des soldats combattre hors de ses frontières - pour la première fois depuis 1945 - au Kosovo. Mais dix ans
plus tard, la population renâcle à les voir rester en Afghanistan et conserve, selon Joschka Fischer, de profondes tendances pacifistes et isolationnistes. " L'Allemagne n'a aucune prétention à
l'universalité ", résume un haut diplomate français, qui identifie un unique cavalier seul allemand - sa relation avec la Russie - et une vraie ambition - la lutte contre le réchauffement
climatique.
Ce repli sur soi, ce " cocooning " allemand s'explique aussi parce que les Allemands sont enfin apaisés sur leur passé. Dans le restaurant du Reichstag, à Berlin, l'on peut deviser Histoire sans
nécessairement s'attarder à la case Hitler. " Le IIIe Reich a terrifié les Alliés une dernière fois dans le contexte de la réunification ", évacue le fédéraliste Peter Altmaier, qui préfère
s'attarder sur Bismarck, le chancelier de l'unité allemande. Ce ne sont pas les erreurs du XXe siècle, mais celle du XIXe siècle qu'il convient de ne pas réitérer. " L'Allemagne ne peut pas se
comporter comme l'a fait Bismarck en 1878 au Congrès de Berlin en se présentant comme le roi de l'Europe ", devise M. Altmaier. Ce n'est pas un hasard si la statue du chancelier de fer, qui trônait
jadis en face du Reichstag, n'a jamais été remise à sa place. Elle reste perdue dans les bois du Tiergarten.
Les Allemands ne sont pas tous passionnés d'histoire comme M. Altmaier, mais ils sont eux aussi moins obsédés par le nazisme. La dernière étape du travail sur le passé fut la réconciliation de la
mémoire nationale avec celle des familles. Il fallait admettre que les Allemands, responsables du plus grand crime, avaient aussi souffert de la guerre. C'est chose faite avec le destin des
déplacés, raconté par Günter Grass (En Crabe, éd. du Seuil, 2002, qui relate le torpillage d'un navire de réfugiés allemand) ou celui des femmes berlinoises violées en 1945 par les soldats russes
(Seules dans Berlin, un film de Max Färberböck, inspiré du livre Une femme à Berlin, Gallimard, 2006). " Toutes les familles avaient des victimes. Mais c'était un tabou, qui a provoqué un
refoulement des sentiments ", explique Matthias Matussek, chroniqueur au Spiegel. Il est ravi que les consciences morales de l'Allemagne, à commencer par Günter Grass, aient dû en rabattre, après
avoir concédé qu'elles avaient elles-mêmes été enrôlées par les nazis.
Matthias Matussek, lui, a fini par être exaspéré par ces Anglais, qui lui crachaient encore le nazisme à la figure au début des années 2000. Il a écrit il y a trois ans un livre, Nous les
Allemands, vous pouvez nous aimer (éd. Saint-Simon, 2007). Il ne lui est rien arrivé. Il a même connu le succès avec 80 000 exemplaires vendus. Dans son appartement de Hambourg, heureux de la chute
du mur qui lui a permis de rencontrer sa femme originaire d'Allemagne de l'Est, il se sent mieux.
La dernière " une " du Spiegel sur Hitler n'a pas fait recette. M. Matussek s'en réjouit. Et il se met à rêver du poète-journaliste Heinrich Heine (1797-1856), juif converti au catholicisme, chassé
d'une Allemagne des princes qui rata les révolutions mais dont il avait la nostalgie. Il en est sûr : " Heinrich Heine serait fier de cette Allemagne, pacifique et décontractée au coeur de
l'Europe. "
Arnaud Leparmentier
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