Franchement, je ne sais pas si la SNCF a eu son rôle à jouer dans la déportation. Dans ces années là, je n'étais pas né et n'ai pas pu me faire mon opinion par moi même.
De plus, je n'ai pas eu accès aux archives dont parle cet avocat dans cet article récent du journal 'Le Monde'
Comme je juge que ça peut apporter de l'eau au moulin des défenseurs et détracteurs de la SNCF, je publie cet article que je juge très intéressant.
Maintenant, la SNCF a-t-elle raison ou tort dans ce dossier, je n'en sais rien...
Si vous voulez mon fond de pensée, je reste néanmoins sceptique : la France était sous l'occupant et les Allemands décidaient de tout. La SNCF a-t-elle été zélée ? Là est la question et je n'ai pas un seul élément de réponse...
La SNCF a joué son rôle dans la déportation
Si la justice passe aussi tard, la faute en incombe à l'institution ferroviaire
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Pendant plus de quarante ans, les familles de déportés ont été tenues dans l'ignorance de la responsabilité de la SNCF dans la déportation de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, français ou étrangers, juifs, résistants, homosexuels, communistes et tziganes, parce que la SNCF refusait de révéler ses archives. Ce n'est qu'en 1992 que la SNCF, qui reproche à présent aux familles d'agir trop tard, a accepté pour la première fois que certains historiens, agréés par elle, se penchent sur son rôle dans la déportation. Pour " être en mesure de ne pas esquiver un débat qui lui demanderait de rendre compte de son passé ", précisa alors son président Jacques Fournier.
Après quatre ans de recherches, en 1996, ces historiens ont remis à la SNCF le rapport Bachelier (1 500 pages documentées), qui constitue la première étude scientifique sur ce sujet. C'est à la lecture de ce rapport que les familles de déportés ont pu, enfin, comprendre les responsabilités exactes de la SNCF, qui a joué un rôle direct et déterminant dans la déportation.
La famille Lipietz décida alors d'assigner la SNCF en justice. Pendant ce long procès, le tribunal administratif de Toulouse, composé de trois magistrats, a pu examiner tous les arguments et toutes les pièces produits par la SNCF et débattus contradictoirement par les parties, y compris plusieurs rapports d'historiens. Au terme du procès, le tribunal, soutenu par le commissaire du gouvernement, a constaté que la SNCF avait transporté ces personnes dans des wagons à bestiaux, dans des conditions incompatibles avec la dignité humaine, sans leur fournir ni eau, ni nourriture, ni conditions minimales d'hygiène, sachant que ces transports pouvaient durer plusieurs dizaines d'heures, voire plusieurs jours. Certains en sont morts.
SOUS LA CONTRAINTE DES NAZIS
Alors que la SNCF invoquait la contrainte des nazis, le tribunal a jugé que la société ne faisait " nullement état d'une quelconque contrainte susceptible de justifier de tels agissements ". Le tribunal n'a même pas évoqué les cheminots résistants : comment la SNCF pourrait s'en prévaloir, elle qui les a révoqués ?
Le procès Lipietz aura duré cinq ans. Un procès long, qui s'explique notamment par les nombreux vices de procédure soulevés par la SNCF et qui ont été rejetés par le tribunal. Un procès trop long, au cours duquel Georges Lipietz, lui-même transféré dans les wagons à bestiaux au camp de Drancy, est décédé. Alain Lipietz et Hélène Lipietz continuent de défendre la mémoire et l'honneur de leur père contre la SNCF, qui persiste à nier toute responsabilité en faisant appel.
Aujourd'hui, plus de 200 familles de déportés demandent justice. Avant même d'avoir reçu leurs lettres, la SNCF avait déjà déclaré qu'elle s'opposerait à leurs demandes de réparation. Cela est son droit. En attendant, pendant les années de contentieux à venir, d'autres victimes âgées mourront, et ce seront autant d'indemnités que la SNCF ne leur versera pas.
La SNCF n'a jamais indemnisé les familles qu'elle a transportées vers les camps dans des wagons à bestiaux et dont elle a pourtant tiré profit en facturant ces transports à l'Etat comme transports de 3e classe, même après la Libération.
Il est vrai que l'Etat a mis en place un système d'indemnisation destiné aux orphelins de la Shoah et aux familles spoliées. Cependant, ce système n'indemnise que les enfants ayant perdu, avant l'âge de 21 ans, un père ou une mère en déportation. Rien pour ceux qui ont perdu leurs enfants. Rien pour ceux qui ont perdu leurs frères et soeurs, leurs tantes et oncles, leurs grands-parents. Rien pour ceux dont les parents ont survécu, mais dont les traumatismes ont bouleversé à jamais leur vie et celle de leurs enfants. Et rien pour ceux qui n'avaient rien à se faire spolier.
Les familles victimes de la Shoah ont subi les pires crimes du XXe siècle. Au même titre que toute autre victime de préjudices causés par des responsables identifiés, elles ont le droit d'obtenir une juste réparation, au-delà des excuses officielles. Leur nier ce droit serait une injustice dans l'injustice.
Avi BittonMatthieu Delmas
Avocat au barreau de Paris
Avocat aux barreaux de Paris
et de New York
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